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Bléone en marche : Intervention du Père Christophe Didider Chave, vicaire général
Article mis en ligne le 27 juin 2013
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Frères et sœurs, chers amis,

C’est avec grande joie que j’ai accepté la proposition de votre curé, le P. Claude Listello, de l’équipe pastorale et de votre conseil pastoral, de participer à votre fête d’archiprêtré et de réfléchir avec vous, en cette année de la foi, mais aussi des 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II, sur l’invitation faite à chaque baptisé à devenir acteur de la vie de l’Eglise.

Mais, en préalable de cette invitation à participer à la vie et à la mission de l’Eglise, il est peut-être bon de nous remettre face au mystère de l’Eglise. Qu’est-ce que l’Eglise, quelle est sa raison d’être ?

Nous verrons, dans un deuxième temps (il sera très bref) quelles sont les responsabilités de l’Eglise.

Pour, enfin, envisager quels acteurs de la vie et de la mission de l’Eglise.

1. Le mystère de l’Eglise

Le mot mystère, en langage chrétien, n’a pas le sens que nous lui donnons habituellement. Aujourd’hui, le mot mystère est synonyme d’énigme, de quelque chose d’incompréhensible ou du moins de difficilement compréhensible. En christianisme le mystère c’est la révélation d’un secret. L’Eglise nous révèle le secret d’amour de notre Dieu. Il veut rassembler toute l’humanité en une grande famille comme il nous rassemble dans l’Eglise. C’est pourquoi le Concile, dans son texte consacré à l’Eglise affirme qu’elle est « en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». Oui, l’Eglise doit être le signe, la vitrine, et le moyen, de ce que Dieu désire pour toute femme, pour tout homme, les faire vivre de sa vie, de son amour, et que toute l’humanité soit rassemblée comme un grande famille unie par les liens de la paix et de l’amour. Voilà la raison d’être de l’Eglise : montrer et permettre l’union de toute l’humanité avec Dieu et l’unité entre tous les membres de la famille humaine. Les hommes ne sont pas faits pour vivre seuls, divisés, désunis mais pour vivre la communion, la relation, le partage, avec Dieu et entre eux. En ce sens, l’Eglise donne à voir Dieu Lui-même, Dieu Trinité, Dieu qui n’est pas solitaire mais qui est partage d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit ; où chacune des personnes divines reçoit de l’autre et rend aux autres ce qu’elle reçoit dans un échange d’amour. L’Eglise doit donner à voir qui est Dieu et comment il agit !

La mission fondamentale de l’Eglise est d’évangéliser c’est-à-dire annoncer la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui ne cesse pas de nous « appeler des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2,9) pour nous faire vivre de sa vie et nous faire entrer dans sa vie de partage, de relation, de communion. Cette vie elle passe par son Fils Jésus. J’aime beaucoup ce cri du Pape Paul VI à Manille en 1970 : « Je dois proclamer son nom : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. C’est lui qui nous a révélé le Dieu invisible, c’est lui qui est le premier-né de toute créature, c’est en lui que tout subsiste. Il est le maître de l’humanité et son rédempteur ; il est né, il est mort, il est ressuscité pour nous. Il est le centre de l’histoire du monde ; il nous connaît et nous aime ; il est le compagnon et l’ami de notre vie, l’homme de la douleur et de l’espérance ; c’est lui qui doit venir, qui sera finalement notre juge et aussi, nous en avons la confiance, notre vie plénière et notre béatitude.

Je n’en finirais jamais de parler de lui ; il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est le chemin, la vérité et la vie. Il est le pain, la source d’eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. Comme nous et plus que nous, il a été petit, pauvre, humilié, travailleur, opprimé, souffrant. C’est pour nous qu’il a parlé, accompli ses miracles, fondé un royaume nouveau où les pauvres sont bienheureux, où la paix est le principe de la vie commune, où ceux qui ont le cœur pur et ceux qui pleurent sont relevés et consolés, où les affamés de justice sont rassasiés, où les pécheurs peuvent obtenir le pardon, où tous découvrent qu’ils sont frères »

Avec les pères du synode sur la nouvelle évangélisation qui s’est tenu à Rome à l’automne dernier, nous constatons qu’ : « Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie, près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais il y a des eaux polluées… Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car lui seul est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle. Celle, celui qui a reçu la vie nouvelle dans la rencontre avec Jésus ne peut manquer de devenir porteur de vérité et d’espérance pour les autres ».

L’Eglise est par nature missionnaire, envoyée, comme le Fils a été envoyé par le Père, comme l’Esprit Saint été envoyé par le Père et le Fils. L’Eglise n’est pas envoyée pour prêcher la morale, réprimander, mais pour rendre présent le Seigneur, pour dire à toute femme, tout homme qu’il est infiniment aimé et désiré par Dieu. Pierres vivantes d’une Eglise missionnaire, envoyée, nous devons être, chacun de nous, missionnaire, c’est-à-dire envoyé pour que d’autres fassent cette rencontre avec le Christ. Ce trésor nous ne pouvons pas le garder pour nous : Dieu veut nous unir à Lui en son Fils et nous unir les uns aux autres.

Mais le premier témoignage est celui de la vie : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ”. C’est donc par sa conduite, par sa vie, que l’Eglise, chacun de nous, évangélisera tout d’abord le monde ; c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus, de pauvreté et de détachement, de liberté face aux pouvoirs de ce monde, en un mot, de sainteté. Le témoignage évangélique auquel le monde est le plus sensible est celui de l’attention aux personnes et de la charité envers les pauvres, les petits et ceux qui souffrent. La gratuité de cette attitude et de ces actions, qui contrastent profondément avec l’égoïsme présent en l’homme, suscite des interrogations précises qui orientent vers Dieu et vers l’Evangile. De même, l’engagement pour la paix, la justice, les droits de l’homme, la promotion de la personne humaine est un témoignage évangélique dans la mesure où il est une marque d’attention aux personnes et où il tend vers le développement intégral de l’homme.

Le premier missionnaire, c’est donc le saint : « Tout missionnaire n’est authentiquement missionnaire que s’il s’engage sur la voie de la sainteté : « La sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de salut de l’Eglise ». Ma vie a-t-elle la couleur et la saveur de l’Evangile ? Le saint est celui en qui, malgré ses faiblesses et son péché, l’Evangile a trouvé une résonnance. Ma vie donne t’elle à voir Jésus-Christ, donne t’elle envie de le suivre ? « La première chose que Dieu dit à Abraham : Marche en ma présence et sois parfait. Donc la vie est un voyage et lorsqu’on s’arrête, plus rien ne va. Il ne faut pas cesser d’avancer en la présence du Seigneur, dans la lumière du Seigneur, en essayant de vivre avec la qualité irréprochable que Dieu demanda à Abraham » (Pape François). Et il ajoute : « Il nous faut être des hommes et des femmes de l’Evangile. Rien d’autre que l’Evangile auquel il n’y a pas d’autre commentaire à ajouter que le commentaire de sa vie. Que le Seigneur par l’intercession de sa Mère très Sainte, nous accorde aujourd’hui la grâce de la liberté de l’Evangile seul, illustré par notre propre vie ».

Nous entendons beaucoup parler de nouvelle évangélisation. Qu’est-ce à dire ?

L’Eglise, nous venons de le voir a toujours été missionnaire. Elle n’existe que pour évangéliser. C’est sa raison d’être. Ce qui est nouveau, c’est le contexte. Jean-Paul II, qui le premier en 1979 en Pologne a employé l’expression, nous invitait à un réveil spirituel vigoureux des pays de vieille chrétienté ayant connu une rupture de transmission brutale. Les scénarios sociaux et culturels changeants nous appellent à quelque chose de nouveau : à vivre d’une manière renouvelée notre expérience communautaire de foi et son annonce, au moyen d’une évangélisation « nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes, dans ses expressions » (Jean-Paul II, Discours à la XIXe assemblée de la CELAM, Port-au-Prince 9 mars 1983, n.3), comme le disait Jean-Paul II. Cette évangélisation, comme nous l’a rappelé Benoît XVI, doit être « orientée principalement vers les personnes qui, tout en étant baptisées se sont éloignées de l’Église, et vivent sans se référer à la pratique chrétienne [...], pour favoriser chez ces personnes une nouvelle rencontre avec le Seigneur, qui seul remplit l’existence de signification profonde et de paix ; pour favoriser la redécouverte de la foi, source de grâce qui apporte la joie et l’espérance dans la vie personnelle, familiale et sociale » (Benoît XVI, Homélie de la célébration eucharistique pour l’inauguration solennelle de la XIIIe Assemblée ordinaire du Synode des évêques, Rome le 7 octobre 2012).

L’Église est cet espace offert par le Christ dans l’histoire afin que nous puissions rencontrer Dieu et nous unir à Lui, cette Eglise à qui a été confiée sa Parole, le Baptême qui nous rend fils de Dieu, son Corps et son Sang, la grâce du pardon du péché dans le sacrement de la Réconciliation surtout, l’expérience d’une communion qui est le reflet du mystère même de la Sainte Trinité, la force de l’Esprit qui suscite la charité envers tous. Il faut favoriser des communautés accueillantes, dans lesquelles tous les exclus se sentent chez eux (Diaconia 2013), des expériences concrètes de communion, qui, avec la force ardente de l’amour attirent le regard désenchanté de l’humanité contemporaine. La beauté de la foi doit resplendir en particulier dans la liturgie, dans l’Eucharistie dominicale avant tout. C’est la beauté qui sauvera le monde (Dostoïevski) mais c’est la beauté, aussi, qui attirera au Christ qui sauve le monde. C’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie. Les communautés chrétiennes en sont responsables et, en elles, c’est chaque disciple du Seigneur qui l’est aussi. C’est à chacun qu’est confié un irremplaçable témoignage, afin que l’Évangile puisse croiser l’existence de tous ; c’est pourquoi la sainteté de vie nous est requise. (Message final au Peuple de Dieu, synode nouvelle évangélisation).

2. Les responsabilités de l’Eglise :

La mission d’évangélisation de l’Eglise passe par trois responsabilités :

L’Eglise est détentrice d’un message qu’elle a mission d’annoncer (témoignage-marturia. Mission prophétique). Elle a aussi pour mission de servir la vie des hommes (diaconie. Mission royale). Cette transmission du message et ce service de l’humanité culminent dans la célébration (liturgie. Mission sacerdotale), au cours de laquelle la communauté reçoit la Parole de son Seigneur et prie pour le salut du monde.

Il s’agit là des trois missions essentielles de l’Eglise. Ce sont ses trois grandes responsabilités. Il faut qu’elles existent pour qu’il y ait Eglise, l’Eglise de Jésus-Christ.

3. Quels acteurs dans la vie et la mission de l’Eglise ?

Ces trois missions de l’Eglise (prophétique, sacerdotale et royale) deviennent les trois missions des baptisés à la suite de Jésus-Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Rappelons-nous ces paroles prononcées par le prêtre ou le diacre immédiatement après que l’eau ait coulé sur notre front : « tu es maintenant baptisé(e) : Le Dieu tout-puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ et tu participe à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle ».

L’Eglise diocésaine doit permettre à tous les baptisés d’exercer leur triple mission de prophète, de prêtre et de roi, à la suite du Christ Jésus.

.L’annonce de la Parole, c’est la mission prophétique de tout baptisé, à la suite de Jésus (cf. Vatican II, constitution Lumen gentium n° 17 : « A tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi »). Elle implique le souci de conduire nos contemporains à la rencontre du Christ Jésus, de ses actes et de ses paroles, au sein des réalités de leur vie quotidienne dans la société actuelle. La première mission ecclésiale des fidèles laïcs c’est l’apostolat dans le monde : Evangelii nuntiandi 70. Vous avez à pénétrer le monde du levain de l’Evangile.

.Le service de la charité, c’est la mission royale du Christ serviteur, c’est l’exercice de sa diaconie. Elle est confiée à toute l’Eglise, comme « le service de l’amour du prochain exercé d’une manière communautaire et ordonnée » (Benoît XVI, Deus caritas est, n° 21). Cette fonction royale des baptisés s’exprime comme une nouvelle manière de vivre les rapports humains au sein de la communauté chrétienne, en vivant l’exigence du service fraternel selon la parole de Jésus : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il se fasse le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Cette fonction royale s’exprime aussi comme une nouvelle manière de vivre les rapports humains dans la vie quotidienne à travers toutes nos relations humaines. C’est dans le service des plus pauvres et de ceux qui souffrent qu’elle se vérifie comme une authentique rencontre avec le Christ, dans ce qu’on appelle le sacrement du frère : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un des ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

.La célébration du salut, c’est la mission sacerdotale de Jésus lui-même.

Tous les baptisés, en effet, participent à l’unique sacerdoce du Christ. Mais il y a deux manières de le faire :

  • Une manière propre à ceux qui ont reçu le sacrement de l’ordre. On parle de sacerdoce ministériel ou hiérarchique. Hiérarchique, ne signifie pas qui domine ou écrase mais que le sacerdoce ministériel tire son origine de Dieu Lui-même (hiérarchie) et qu’il est ordonné au service (ministériel)
  • L’autre manière de participer au sacerdoce du Christ est la manière commune à tous les baptisés : sacerdoce commun des fidèles. Faire de toute notre vie une offrande, un je t’aime pour Dieu et les autres.

Ces responsabilités ecclésiales sont celles de tout chrétien : ministres ordonnés et fidèles laïcs.

« Participant à la fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi, les laïcs ont leur part active dans la vie et l’action de l’Église. Dans les communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que sans elle l’apostolat des pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet. À l’image des hommes et des femmes qui aidaient Paul dans l’annonce de l’Évangile (cf. Ac 18, 18-26 ; Rm 16, 3), les laïcs qui ont vraiment l’esprit apostolique viennent, en effet, en aide à leurs frères, et réconfortent aussi bien les pasteurs que les autres membres du peuple fidèle (cf. 1 Co 16, 17-18). Nourris par leur participation active à la vie liturgique de leur communauté, ils s’emploient avec zèle à ses œuvres apostoliques ; ils acheminent vers l’Église des hommes qui en étaient peut-être fort éloignés ; ils collaborent avec ardeur à la diffusion de la Parole de Dieu, particulièrement par les catéchismes ; en apportant leur compétence ils rendent plus efficace le ministère auprès des âmes… » déclare le texte du Concile consacré aux laïcs.

Le fait qu’il y ait, dans les Actes du Concile, un décret sur l’Apostolat des Laïcs représente déjà un événement. Jusqu’à Vatican II, les laïcs étaient considérés comme « l’objet » de l’apostolat, le public à évangéliser. Ils sont désormais considérés comme exerçant un apostolat. Aujourd’hui, on parle plus volontiers de la « mission » de tout baptisé, mais l’idée est la même : c’est par tous ses membres que l’Eglise exerce sa mission apostolique. « Le grand mérite de Vatican II, a dit le Cardinal Danneels, est d’avoir affirmé que le baptême est source d’apostolat et de responsabilité dans l’Eglise ».

Les laïcs peuvent ainsi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec leurs pasteurs au service de la communauté ecclésiale, pour la croissance et la vie de celle-ci, exerçant des ministères très diversifiés (…). Un regard sur les origines de l’Eglise est très éclairant et fait bénéficier d’une antique expérience en matière de ministères… En ce domaine on est très en deçà de ce que vivaient les premières communautés chrétiennes. Cette attention aux sources doit cependant être complétée par une autre : l’attention aux besoins actuels de l’humanité et de l’Eglise. S’abreuver à ces sources toujours inspiratrices, ne rien sacrifier de ces valeurs et savoir s’adapter aux exigences et aux besoins actuels, tels sont les axes qui permettront de rechercher avec sagesse et de mettre en lumière les ministères dont l’Eglise a besoin ».

Il ne s’agit pas de préparer ou de mettre en place une Eglise sans ministres ordonnés, prêtres et diacres. Sans ministre ordonné pas d’Eglise. C’est par nous que le Christ aujourd’hui vous enseigne, vous nourrit, vous fortifie et vous conduit. Le ministère ordonné est au service des fidèles laïcs afin de leur permettre d’exercer pleinement leur responsabilité dans l’Eglise, en fidélité avec sa tête qui est le Christ.

Comme le note fort justement Mgr Albert Rouet, il s’agit « d’opérer une véritable révolution copernicienne : passer de l’état de laïcs qui tournent autour du prêtre au statut de communautés réelles, responsables, avec un prêtre à leur service, allant de l’une à l’autre en prenant son temps ». Loin de se passer du ministère du prêtre, une communauté locale responsable en ressent une nécessité vitale. Elle a besoin que le prêtre soit vraiment prêtre et remplisse son rôle qui possède 3 dimensions :

  • La paternité dans la foi : Le rôle du prêtre est d’aider les fidèles laïcs à grandir dans la foi, les aider à se nourrir de la Parole de Dieu, les nourrir des sacrements.
  • La communion entre les diverses communautés dont il est le pasteur.
  • Il est enfin le signe vivant de l’Autre, du Christ, montrant que la construction de l’Eglise n’est pas d’abord notre œuvre, mais celle du Christ, tête de l’Eglise. Signe de l’Autre, du Christ, il est aussi signe de tous les autres. Il doit empêcher la communauté de ses fermer sur elle-même et l’ouvrir sans cesse à la dimension apostolique. « Évangéliser implique un zèle apostolique. Évangéliser présuppose pour l’Église, de sortir d’elle-même. L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries, pas seulement géographiques, mais également celles de l’existence : celles du mystère du péché, de la souffrance, de l’injustice, celles de l’ignorance et de l’absence de foi, celles de la pensée, celles de toutes les formes de misère » (Jorge Mario Bergoglio).

Le prêtre ne doit plus être l’homme d’une organisation, entrant dans tous les détails, sachant et dirigeant tout. Il doit aller à l’essentiel de sa mission, de ce pour quoi il a été ordonné : servir la croissance dans la foi et la dynamique missionnaire des communautés.

Le monde rural, avec ses pauvretés évidentes et ses métamorphoses accélérées, est pour l’Eglise comme un laboratoire pour une prise en charge commune de la mission chrétienne. Il ne s’agit pas de remplacer les prêtres par des laïcs… Il s’agit d’apprendre, d’une façon solidaire, à être des signes de la charité du Christ dans notre monde fragile… Nous ne nous contentons pas de gérer la pénurie et nous ne nous résignons pas à devenir une Eglise en forme de « peau de chagrin ». Nous sommes certainement affaiblis mais cela nous met à égalité avec d’autres personnes et d’autres institutions de notre société. Et, surtout, dans cet affaiblissement… L’Eglise apprend, dans sa pauvreté, à être un Corps dont la vie vient de plus haut et de plus profond que nous… L’Eglise tout entière (évêques, prêtres, diacres, hommes et femmes baptisés et confirmés vivant de la foi chrétienne) est appelée à devenir plus radicalement le signe de Dieu envoyé dans le monde pour que le monde s’ouvre à Dieu » Mgr Claude Dagens, in « Aujourd’hui l’Evangile »

« L’articulation fondamentale entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles doit inaugurer un nouveau style de relation entre prêtres et laïcs, particulièrement les plus engagés. Il nous faut vivre une véritable expérience de fraternité qui puise sa source dans un authentique partage de vie spirituelle : temps régulier de prière silencieuse ensemble, écoute communautaire de la Parole de Dieu, porter ensemble les intentions de toute la communauté. Dans cette communion spirituelle naîtra la collaboration prêtres-laïcs qui deviendra vraiment une vraie coresponsabilité » (Monseigneur Marc Aillet).

L’engagement des fidèles laïcs à la vie et à la mission de l’Eglise n’est pas la conséquence du manque de prêtres mais la conséquence logique du baptême et de la confirmation qui ont fait de nous des pierres vivantes de l’Eglise, des membres du Corps du Christ, Prêtre, prophète et Roi. Il pourrait y avoir 10 prêtres et diacres sur votre secteur cela ne vous épargnerait pas, chacune te chacun, à être acteur de la vie de votre Eglise locale.

Je viens de faire le plus facile : nous remettre devant le mystère de l’Eglise, ses responsabilités, la place et l’action de chaque baptisé dans sa vie et sa mission. Maintenant à vous d’être inventifs pour que chacune de vos communautés et chacun de vous en son sein trouvent les moyens concrets et adaptés pour l’annonce de la foi dans le monde de ce temps. Cet enjeu est celui de l’Eglise depuis les Apôtres ; il n’est pas plus difficile ou facile aujourd’hui qu’hier. Il n’y a jamais eu d’âge d’or de l’évangélisation. Chaque époque a ses chances, chaque époque a ses défis. Aimons et servons le monde, les hommes et les femmes qui y vivent, tels qu’ils sont et non tels que nous les rêverions. C’est ce qu’à fait le Christ, c’est la tâche qui nous confie. Il nous fait confiance, il nous précède toujours dans les Galilées de nos vies.



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