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In Mémoriam : Soeur Chantal Goirand
Article mis en ligne le 14 janvier 2014
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(Soeur Chantal à la maison Audemard 2013)

 Homélie du Père Christophe Disdier Chave

Notre Dame du Bourg. 10 janvier 2014.

Vie bien remplie, vie féconde que la vie de Sr Chantal. Ce que nous en avons entendu, de sa famille selon la chair, de sa famille religieuse et de ses amis nous l’a confirmé, si besoin en était.
Sa vie, avec ses richesses, ses zones de lumière mais aussi, comme pour chacun de nous, avec ses limites et ses zones d’ombre, sa vie était donnée à Dieu et, à cause de lui, aux autres, notamment les petits, les pauvres, les privés d’amour.
Mes sœurs, avec Chantal, combien de génération d’enfants avez-vous accompagnées, consolées, aimées, éduquées, humainement et chrétiennement ? S’ils sont aujourd’hui des hommes et des femmes debout, ils vous le doivent. Moi-même, ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu, à ma famille et à vous dont j’ai tant reçu. Par Sœur Chantal, par vous toutes, par ce que vous faites mais encore plus par ce que vous êtes, Dieu agit avec amour ; par Chantal, par vous, Dieu donne quelque chose de son amour, de sa tendresse, de sa proximité. La vie consacrée n’a pas d’autre raison d’être que d’être présent pour que là où vous êtes, mes sœurs, vous soyez porteuses de l’amour, épiphanie, manifestation de la grande miséricorde de Dieu spécialement envers les petits et les faibles, les blessés de la vie. Pour Sœur Chantal, la connaissance de Dieu n’était pas intellectuelle ou théologique ; elle était concrète. Pour elle, connaître Dieu ce fût de se mettre au service de celles et ceux en qui elle avait reconnu son visage : les enfants, les prisonniers, les abandonnés. Elle a vécu au quotidien la recommandation de l’Apôtre Saint Jean entendue dans la première lecture : « Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu » (1 Jn 4,7). Comme l’écrit le religieux assomptionniste, Bruno chenu, « les religieux veulent mettre en œuvre une certaine logique du baptême, une vie d’enfants de Dieu poussée jusqu’en ses ultimes conséquences » ; une de ses ultimes conséquences c’est par amour donner non seulement ce que l’on a mais ce que l’on est : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même », aimait à répéter Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. C’est le sens des vœux religieux : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance c’est une façon radicale de suivre le Christ des Béatitudes. Les religieuses et les religieux sont l’objet d’un choix gratuit du Christ, issu de sa prière. Il ne vous a pas choisis en raison de vos mérites, de vos capacités humaines. Il vous a choisis par amour pour être apôtres, envoyées dans le monde vivre l’esprit des Béatitudes et nous y entraîner. Les Béatitudes sont des promesses dans lesquelles resplendit la nouvelle image du monde et de l’homme qu’inaugure Jésus, le renversement des valeurs. Si nous commençons à voir et à vivre à partir de Dieu, si nous marchons en compagnie de Jésus alors nous accepterons et vivrons de nouveaux critères.

Critères vécus par Jésus le premier car les Béatitudes sont d’abord un autoportrait, une biographie intérieure de Jésus, Lui qui a été pauvre, doux, compatissant, qui a pleuré… Cet autoportrait de Jésus devient dès lors chemin pour celui, celle qui déclare être son disciple donc qui cherche à l’imiter. Le bonheur que le Christ nous propose va à l’encontre des idées reçues sur ce qu’est le bonheur : c’est le bonheur qui naît de l’amour qui nous pousse à rejoindre les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont rejetés pour partager leur sort et être témoin auprès d’eux d’un Dieu de tendresse et d’amour. Le bonheur que nous propose Jésus, à sa suite, n’est pas un engagement facile. Chantal, comme chacun de nous, le savait très bien, mais c’est la tâche la plus passionnante, l’œuvre la plus constructive. On ne devient vraiment heureux qu’en donnant sa vie, sans regarder en arrière. Le secret de l’amour est dans ce paradoxe, celui des Béatitudes : qui perd gagne ! Qui donne sa vie la sauve. En perdant, en donnant, il ne nous restera rien ! Au soir de notre vie nous paraîtrons alors devant Dieu les mains vides mais ce ne sera pas le vide du rien, mais le vide laissé par tout ce que nous aurons donné et cet espace sera le lieu où Dieu viendra nous combler éternellement de sa vie, de sa joie, de son bonheur, de son amour. Chantal, nous vous confions à ce Dieu riche en miséricorde que nous a révélé Jésus-Christ, Lui que vous avez suivi ici bas sur le chemin des Béatitudes, Lui dont vous avez été signe auprès de ceux qui avaient faim d’amour et de dignité, auprès de ceux qui pleuraient en prison, auprès des pauvres, Lui que vous avez aimé et servi en ceux qui ici bas sont son image.
Lors de notre dernière rencontre, comme à chaque fois, je vous ai proposé de prier la Vierge Marie. Et dans un dernier trait d’humour, et de bon sens qui vous caractérisaient si bien, vous m’avez dit : « Qu’Elle se bouge ! ». Elle vous a pris au mot. Elle est venue, quelques heures plus tard, vous chercher pour vous conduire à Jésus. En préparant cette célébration, la peine et la nostalgie habitaient mon cœur en repensant à ce que nous avions vécu, ici, à Allos, au cours de toutes ces années. Mais avais-je le droit d’être triste ? Humainement, oui ! Vous étiez tellement attachante, un sacré bout de bonne femme et de bonne sœur, au sens le plus fort et le plus noble de ces termes. Mais à la peine a succédé l’action de grâce pour ce que vous avez été et fait, plutôt, pour ce que Dieu a été et fait par et à travers vous. Et puis, vous voyez Celui que votre cœur aimait, Celui pour qui vous aviez tout quitté. Oh, comme je suis sûr qu’il s’est avancé vers vous, comme vous, vous le faisiez à la porte de Notre dame du Bourg, chaque fois que nous arrivions ; il vous a souri, il vous a étreinte et il a dénoué le tablier de service que vous avez si longtemps porté ; sans dote lui avez-vous dit, comme en chaque Eucharistie, « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ». Mais lui vous a encore plus souri : Bonne et fidèle servante, entre dans la joie de ton maître.

C’est moi qui te reçois, qui brûle au feu de mon amour tous tes péché afin que tu vives à jamais en Moi, Moi qui, maintenant veux te faire passer à la table de ma vie. Tu y retrouves celles et ceux que tu as connus, aimés et servis sur la terre et c’est moi qui vais te servir éternellement une mesure bien pleine, secouée, débordante, celle de mon amour infini pour toi, cet amour dont tu as été un beau et bon relais auprès de ceux à qui je t’avais envoyé. Sœur Chantal, que la Vierge Marie, dont vous avez voulu reproduire ici bas le Fiat, le oui, qui sans cesse sortait de son Cœur Immaculée, prie pour vous à cette heure de votre entrée dans la Vie et pour chacun de nous qui avons à continuer à être missionnaire de l’amour, cet amour qui a un nom et un visage, Jésus-Christ.
Sur la photo déposée sur votre cercueil, vous avez ce sourire chaleureux que nous vous connaissions. Vous semblait nous dire, comme Jésus, « N’ayez pas peur ! Avancez ! Faites de toute votre vie un je t’aime, pour Dieu et pour vos frères, car aimer c’est vivre à fond. Et puis, n’oubliez jamais que les séparations ne sont que provisoires, elles sont des rendez-vous pour l’éternité ».
Amen.

Père Christophe Disdier-Chave

 Témoignage de M Pinatel : aumonier de la prison de Digne.

Sœur Chantal,

La prison ou plutôt les détenus tenaient une grande place dans ton cœur. Pendant quelques trente ans tu es allée les rencontrer, d’abord comme visiteuse puis à l’aumônerie de la prison. Avec les divers aumôniers : Gilbert, Thierry, Etienne et Stéphane, tu étais là-haut avec eux le samedi matin pour la célébration de la messe. Tu n’oubliais pas de passer au marché chez ton ami le fleuriste pour prendre un bouquet de fleurs destiné à fleurir l’autel, et la messe terminée les fleurs étaient partagées entre les détenus pour décorer leur cellule ou les offrir au parloir à leur femme ou à leur maman.
Avec ton parlé direct et ton sourire, le contact était vite établi et surveillants et détenus tous étaient joyeux de te voir franchir ces grilles austères.
Un jour tu as eu une grosse peine, c’est pour tes 75 ans, âge limite pour les visiteurs et les membres de l’aumônerie. Le directeur de l’époque, nouvellement
arrivé, appliquant à la lettre le règlement n’a pas voulu te laisser entrer. Quelle déception amère ! Mais mieux informé sur ton ancienneté, ton action, même les surveillants ne comprenaient pas, il est rapidement revenu sur sa décision et t’a ouvert à nouveau la porte et t’a confirmé que tu pouvais continuer à venir participer, animer la messe.
Et même quelques années plus tard, en 2005, les services pénitentiaires en reconnaissant pleinement ton action bénéfique dans ce lieu te remettaient officiellement la médaille d’honneur de l’administration pénitentiaire.
Ce chemin de la prison tu l’as gravi tant que tes forces t’ont permis de grimper la dernière rampe si on t’emmenait en voiture jusqu’au pied de la prison, un petit coin de muret avait même été dégagé dans cette dernière montée afin que tu puisses t’asseoir quelques instants et reprendre souffle.
Certains détenus que tu avais côtoyés et qui étaient partis dans d’autres établissements pour de longues peines, continuaient de t’écrire et tu correspondais toujours avec eux. Ils vont être tristes de ta disparition et de ne plus avoir ton courrier.
C’est bien vite résumé trente années de présence, d’écoute, de partage de confidences, d’accompagnement de vies cassées…
Mais l’espérance que tu as semé pendant tout ce temps cela n’est pas mesurable, et cette espérance n’aura pas manqué de germer dans certains cœurs.



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