Mt 20, 25-28
« Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir »
Cette phrase, extraite de l’Evangile que nous venons d’entendre, est une phrase forte de sens, une phrase qui a interpellé Jacques et ses compagnons apôtres de Jésus ; une phrase qui marque le ministère de service de Mario et de nos diacres ; une phrase qui peut interpeller chacun aussi aujourd’hui.
Par l’expression « le Fils de l’Homme », Jésus a voulu se désigner lui-même, reprenant une vieille expression de la Bible désignant celui qui devait venir au nom de Dieu pour annoncer que le Seigneur aime les hommes et veut les sauver du mal et de la mort, en passant lui-même par les agressions du mal jusqu’à la mort subie, afin de les introduire dans le Royaume de Dieu, Royaume de paix, de réconciliation et d’amour.
Ainsi, en Jésus « le Fils de l’Homme » qui est aussi « Fils de Dieu », c’est Dieu lui-même qui ne retient pas le rang au-delà de tout rang qui est le sien, le pouvoir au-delà de tout pouvoir, mais c’est Dieu qui vient au-devant des hommes « non pour être servi mais pour servir » tous les hommes. Quel mystère ! Il est au cœur de notre foi chrétienne ! En Jésus, le Dieu fait Homme, c’est Dieu « qui donne sa vie (humaine) en rançon pour la multitude » des hommes et qui accepte une mort inhumaine pour sauver tous les hommes. Quel mystère ! Il est au cœur de notre foi chrétienne.
En prédisant son offrande jusqu’à l’ultime, Jésus voulait dire à ses Apôtres, à tous ceux qui accepteraient de le suivre, qu’eux aussi, pour être ses disciples, ils passeraient par ce même chemin du service des autres au nom de Dieu jusqu’à donner leur propre vie.
L’épisode, qui provoqua la parole de Jésus, est cocasse et humain, trop humain. C’est la mère de Jacques et de Jean, qui, voyant en Jésus, le Messie libérateur attendu, voulait déjà placer ses fils chéris aux premières places du Royaume que le Christ allait établir quand il aurait pris le pouvoir aux occupants romains. Quoi de plus naturel pour une mère d’avoir de l’ambition pour ses fils !
Jésus donne alors à ces deux disciples une réponse qu’ils ne comprendront que bien plus tard : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? ». Jésus voulait annoncer, par cette question, la mort qu’il subirait, la coupe de sang qui serait recueillie de son côté ouvert par la lance du soldat romain quand il serait sur la Croix. Il ne serait pas alors, lui « le Fils de l’Homme », un de ces « chefs des nations qui commande en maîtres », mais le Serviteur des hommes de toutes les nations. Et Jésus de conclure : « Parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera votre esclave » !
Ce n’est qu’après la mort et la résurrection de leur Seigneur que les Apôtres de Jésus, comprendront vraiment et qu’ils suivront cette parole, jusqu’au martyre, en annonçant eux-mêmes cet Evangile du don de la vie pour les autres, du service de la vie des autres.
Et nous ? Quelle que soit notre foi ou notre recherche de foi, nous pouvons être interrogés par cette même parole du Christ Jésus : « Je suis venu pour servir ». Avoir de l’ambition pour soi-même ou pour ses enfants est légitime. Avoir du pouvoir sur les autres, l’existence nous le donne bien souvent, et c’est normal. Mais comment allons-nous, moi le premier, gérer nos désirs et exercer notre pouvoir ? Or c’est bien là que nous rejoint la parole de Jésus. Allons-nous nous comporter comme des petits chefs en ne perdant aucune occasion de faire peser notre pouvoir, aussi minime soit-il, sur les autres ? Ou bien sommes-nous prêts à vivre dans un état permanent d’humble service des autres, un service du bien commun de tous ? Entre exercer un pouvoir, quel qu’il soit, de façon autoritaire et arbitraire, et exercer un pouvoir qui laisse tout aller et tout faire, il y a comme une ligne de crête qui est celle du vrai service, qui ne renie pas ce qu’il est et comment il a été reçu, mais qui cherche toujours le bonheur et le progrès de ceux et celles dont on a la charge. Cette façon de servir peut aller jusqu’au don de soi par amour pour les autres. Sommes-nous prêts à être ainsi « serviteurs » ? Cela peut coûter parfois très cher, mais c’est le sens humain et chrétien de notre existence qui est alors en jeu et finalement notre bonheur le plus profond.
En tout cas, le diacre, comme le prêtre qui reste diacre, comme l’évêque qui reste diacre et prêtre, sont appelés à ce vrai service, à la suite du Christ.
Selon la foi des chrétiens, le Christ, Fils de Dieu fait Homme, est allé jusqu’à cet extrême en donnant librement sa vie et son sang pour sauver l’humanité tout entière du mal du péché et de la mort éternelle. Il a versé la vie de son sang librement pour nous sur la Croix. C’est de cela dont nous faisons mémoire dans ce que l’on appelle « le Sacrifice de la messe ». Nous nous rappelons alors le « sacrifice », c’est-à-dire l’offrande qu’a fait Jésus de sa vie pour que nous recevions la Vie qui vient de Dieu et qui se prolongera en Vie éternelle dans le Royaume de Dieu. C’est de cela dont nous nous rappelons en offrant le pain et le vin de cette messe, pain et vin qui deviendront le sacrement de son Corps et de son Sang.
Le diacre apporte le pain et le vin de ce Sacrifice sur l’autel, puis présente à tous la coupe du Sang du Christ : c’est d’abord cela son service éminent qui signifie l’acte de donation de toute son existence au service de Dieu et de ses frères en humanité par toutes ses activités et relations. Et pour tout cela, nous rendons grâces à Dieu pour le service de nos diacres !