Célébration œcuménique diocésaine à Digne, samedi 24 janvier 2015

 

150 personnes des communautés adventiste, catholique, orthodoxe et protestante unie, se sont retrouvées à l’église des Sièyes à Digne dans le cadre de la « semaine de prière pour l’unité chrétienne ». Le pasteur adventiste indisponible pour raisons de santé, la célébration était présidée par Mgr Nault pour l’Église catholique, Bernard Mourou pour l’Église protestante unie et Père Elie pour l’Église orthodoxe.

Le thème de la célébration, préparé par les Églises brésiliennes, nous invitait sur le chemin de la Samaritaine allant au puits de Jacob et y rencontrant le Christ qui lui fait découvrir « l’eau vive »… 

Dans un deuxième temps, un partage sur le thème « Quel chemin d’unité respecte vraiment nos diversités ? » permettait à partir de 3 courtes interventions (dont résumé ci-joint) un échange avec l’assemblée – avant de nous retrouver pour un verre de l’amitié dans les locaux de ‘Chemins d’Espoir’.

Que la prière du Christ « que tous soient un pour que le monde croie » nous pousse tous à avancer sur le chemin de l’unité !

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- Quel chemin d'unité respecte vraiment notre diversité ?

Claude Pellicer, pasteur de l’Église adventiste était empêché par des soucis de santé

Bernard Mourou, pasteur de l’Église protestante unie, évoque l’expérience récente de la ‘réalisation’ de l’union entre l’Église luthérienne et réformée en France (quelques notes)

1. Aux origines de la Réforme
Luther Calvin : Différences au niveau de la sainte Cène, de la place donnée à la liturgie et de la conception du canon de l’Écriture.

2. Le processus d'union
1872 : Naissance de l'Eglise évangélique* luthérienne de France, présente, si l'on excepte l'Alsace et la Moselle sous le régime du Concordat, à Paris, dans le pays de Montbéliard, à Lyon et à Nice
1938 :    Naissance de l'Eglise réformée de France (paroisses réformées libérales, paroisses réformées évangéiiques et Eglise méthodiste)
1960 :    Appel de l'assemblée du protestantisme à Montbéliard pour une Eglise unie
1969 :    Formation commune des pasteurs des deux Eglises par l'Institut Protestant de Théologie
1973 :    Concorde de Leuenberg, qui ratifie les similitudes entre les deux Eglises et permet l'intercommunion entre luthériens et réformés
2001 : Appel de la paroisse luthérienne de Bourg-la-Reine pour un appel à la création d'une Eglise unie
2007 :    Engagement des synodes luthériens et réformé réunis à Sochaux pour le projet d'une nouvelle union nationale, où l'on veillera à respecter les sensibilités de chacun des partenaires
2009 :    Principes d'élaboration de l'union par les synodes de Bourg-la-Reine : les structures nationales seront uniques
2011 :    Choix du nom de l'Eglise
2013 :    Naissance officielle de l'Eglise protestante unie au synode de Lyon

3. Les perspectives
II ne s'agit pas d'une fusion visant à l'uniformité : les traditions luthériennes et réformées restent vivantes.
Il ne s'agit pas non plus d'une Eglise qui serait fermée sur elle-même : on peut imaginer que d'autres Eglises intègrent un jour cette union.
Expérience qui peut servir pour l'œcuménisme, parce que la prochaine étape, pour l'œcuménisme, doit se jouer au niveau des institutions.
Récit de la femme syro-phénicienne : Jésus a changé sa manière de voir 2017, au moins sur le plan régional

Élie Delaune, moine-prêtre orthodoxe met l’accent sur la conscience que

L’unité est un mystère qui nous dépasse et dépasse tout ce que nous pouvons déjà vivre. Un mystère ne peut être saisi, mais est à contempler, à visiter… et n’est jamais acquis.
Pour cela il s’agit de nous laisser unifier intérieurement, chacun, par la prière et à travers la liturgie.
Dorothée de Gaza utilise l’image d’une roue de bicyclette : les rayons semblent à l’extérieur éloignés les uns des autres, mais plus on va vers le centre de la roue, les rayons se rapprochent pour s’unir au centre. Ainsi nos différentes Églises sont appelés à se rapprocher du Centre, qu’est le Christ pour se laisser unir par Lui.

Gilbert Marijsse, prêtre catholique, évoque quelques points du chemin d’unité parcouru et à parcourir :

Rendons grâce pour l’œuvre de l’Esprit depuis plus d’un siècle du ‘mouvement œcuménique’. Si du côté catholique le Concile Vatican II fut un pas décisif dans les années 60, l’enthousiasme du départ a été assez vite confronté à nos lourdeurs humaines multiformes.
En face d’énormes avancées de rencontres, de dialogue, tant au niveau théologique que de rapprochements sur le terrain, force est de constater que dans toutes les communautés des peurs et des résistances persistent pour des raisons diverses et compréhensibles. D’où l’actualité de la question posée !
Depuis le Concile, la réponse à cette question est aussi en pleine évolution, avec des pas considérables, des gestes symboliques et des manières de comprendre le chemin de l’unité chrétienne. De la formule conciliaire ‘unitatis redintegratio’ (que nos oreilles françaises entendent comme réintégration des sœurs et frères séparés dans le bercail de l’Église romaine…) nous sommes déjà arrivés à ce que notre pape François dit : « Si nous nous concentrons sur les convictions qui nous unissent et rappelons le principe de la hiérarchie des vérités, nous pourrons marcher résolument vers des expressions communes de l’annonce, du service et du témoignage. La multitude immense qui n’a pas reçu l’annonce de Jésus-Christ ne peut nous laisser indifférents. L’engagement pour l’unité… doit se transformer en un chemin incontournable d’évangélisation… Et si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres » (EG 246)
Je voudrais pointer 3 aspects de ce chemin pour que notre diversité non seulement soit respectée, mais devienne vraiment enrichissement mutuel et source de Souffle de l’Esprit :

1. Demandons la grâce de la souffrance au regard de nos divisions. Ne nous contentons pas de ce que chez nous les relations sont le plus souvent relativement apaisées. Il en va de la crédibilité de notre annonce de Jésus Christ. Nos divisions qui persistent encore sont un contre-témoignage !
Et cette souffrance doit être le fruit de notre rencontre personnelle avec le Christ dont le cri du cœur est : « Père que tous soient un pour que le monde croie ».
Bien sûr que nous ne pouvons le changer de nos propres forces. Notre humanité est faite ainsi : nous voyons d’abord ce qui nous différencie et puisque chacun veut avoir raison, au mieux on discute, souvent on se regarde en ‘chien de faïence’ et nous nous regardons de loin…
Le chemin chrétien est d’abord de regarder vers le Christ afin de regarder la sœur, le frère, avec le regard et les sentiments du Christ… Cela ouvre de l’espace à l’Esprit Saint qui change nos cœurs et nos esprits.

2. Demandons la grâce de l’humilité. En regardant vers le Christ qui est doux et humble de cœur, notre attitude envers les frères se transforme en accueil de ce que l’Esprit veut nous dire à travers le frère.
Humilité devant la Vérité. Contrairement à notre tendance humaine qui prend sa vérité pour la vérité, l’humilité a conscience de ses propres limites et ouvre le chemin pour découvrir que ce que nous opposons spontanément est le plus souvent complémentaire. Personne ne possède la vérité… elle est une Personne, Jésus, que nous avons à découvrir ensemble… Quand notre pape parle de ‘hiérarchie des vérités’, j’entends aussi : la relativité de tout ce que nous pouvons en penser et dire (relativité qui veut dire : en relation avec !!)
Humilité, simplicité, proximité dans nos fonctionnements, notre liturgie et la place du prêtre. C’est tout le peuple de Dieu qui est acteur de l’annonce et de la célébration. Depuis Jésus, le voile du temple est déchiré et tous ont libre accès au Père. La tentation du cléricalisme n’appartient pas seulement au passé et le ‘monde’ ne se trompe pas devant le nouveau style de notre pape François et le souffle de l’Esprit qui l’accompagne.

3. Se mettre à l’écoute des personnes qui sont en ‘périphérie’ – loin de notre ‘boutique’… pour nous aider à aller à l’essentiel : montrer le visage du Christ.
Notre désir de témoigner du Christ et d’accompagner les personnes se trouve confronté au défi particulièrement important aujourd’hui : la nécessité de travailler notre langage pour qu’il puisse rejoindre le vécu, la manière de penser et l’expérience humaine de l’autre.
Force est de constater que notre ‘jargon chrétien’ (dans nos conversations, prédication, prière liturgique) est très souvent inaudible pour beaucoup de gens. Même les mots qui nous sont si familiers (Sauveur, salut, péché, sacrement…) sonnent comme du chinois pour nos compatriotes, s’ils n’ont pas carrément un autre sens ou pas de sens du tout.
Aussi le chemin de l’unité me semble avoir beaucoup à gagner en nous laissant guider par le défi des gens de la périphérie pour trouver des manières de dire notre foi, nos convictions, nos différences… Notre clé de lecture et de compréhension commune doit être plus que jamais l’expérience humaine : puisque notre foi au Christ nous est donnée pour devenir plus humain, toute parole de foi devrait pouvoir rejoindre l’expérience humaine.

Le chemin de Jésus avec les disciples d’Emmaüs me semble plus que jamais la clé de toute pastorale et de tout témoignage et du chemin de l’unité.