En janvier 2011, Monseigneur Loizeau l'a institué aux ministères de lecteur et d'acolyte
liste des diacres permanents du diocèse
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Ordination diaconale de Bernard Dubrulle A N-D du Bourg, à Digne, le 2 octobre 2011, Homélie Sur Ne 8,2…10, Ps 15, Rm 15,1…13, Mc 10,35-45
Le Concile Vatican II a défini le ministère diaconal par une trilogie de « diaconie » (ce mot d’origine grecque veut dire : service) : « la diaconie de la liturgie, la diaconie de la Parole et la diaconie de la charité » (LG 29). Et le bienheureux Pape Jean-Paul II a présenté ce triple « service ecclésial » comme participation à l’unique et triple mission du Christ telle qu’elle est visible dans le ministère (autre mot, d’origine latine qui veut dire : service) : « En tant qu’il proclame et commente la Parole de Dieu, le diacre est enseignant ; en tant qu’il administre les sacrements du baptême et de l’Eucharistie, il est sanctificateur ; en tant qu’animateur dans la vie ecclésiale, il est guide » (Allocution aux diacres, mars 1985). Ainsi, le diacre assiste les évêques et prêtres qui président toute liturgie, qui veillent sur la doctrine et qui conduisent le peuple de Dieu au nom du Christ, Tête du Corps de l’Eglise. En choisissant les quatre lectures bibliques que nous venons d’entendre, vous avez voulu, Bernard, vous avez été sensible à cette triple diaconie qui va caractériser le ministère diaconal que vous allez recevoir.
Vous avez découvert, au cours de votre formation biblique, le vieux texte du Livre de Néhémie en son chapitre 8. Voilà qu’au retour de la longue captivité à Babylone, les juifs retrouvent un temple dévasté et leur premier objectif est de restaurer un Temple digne de Dieu. Quand ce fut réalisé, le peuple se rassembla et le scribe Esdras présenta à tous le Livre de la Loi, « il en fit la lecture, debout » sur une tribune de bois. « Tous se prosternèrent devant le Seigneur. Esdras lisait un passage et les lévites en donnaient le sens pour que chacun puisse comprendre ». Tous pleuraient de joie en écoutant le Loi du Seigneur. Puis Esdras leur dit : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées et envoyez une part à celui qui n’a rien » ! Ce texte de l’Ancien Testament décrit à l’avance ce qui se passe dans nos liturgies chrétiennes quand est lue et commentée la Parole de Dieu. Le diacre est un acteur de cette diaconie de la Parole quand il proclame l’Evangile devant le peuple de Dieu rassemblé. Et, en même temps, il prépare l’autel et ses frères au banquet pascal de l’Eucharistie, annonçant ainsi le geste essentiel de la diaconie de la liturgie chrétienne. Juste après l’ordination diaconale, l’évêque remet un Evangéliaire au nouveau diacre en disant : « Recevez l’Evangile du Christ que vous avez mission d’annoncer ». Et auparavant, l’évêque avait invité le diacre « à prendre sur l’autel le Corps et le Sang du Seigneur pour les distribuer aux fidèles ». Vous y serez attentifs ! Dans la prière centrale de l’ordination, le célébrant rappelle qu’aux premiers temps de l’Eglise, les Apôtres ont choisi sept hommes estimés de tous qui les aideraient dans le service quotidien, les chargeant du « ministère des tables », afin qu’au cours des repas communs tous reçoivent une part égale de nourriture et que les plus pauvres de la communauté ne soient pas délaissés. Et l’évêque d’inviter alors à prier, pour que celui qu’il choisit comme diacre « soit animé d’une charité sincère et qu’il prenne soin des malades et des pauvres ». C’est sans doute, Bernard, ce qui a inspiré le choix de la seconde Lecture, tirée de la Lettre de St Paul aux Romains (15, 1-7, 13), texte qui parle du « devoir de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas de force », d’apporter « la consolation que donnent les Ecritures et qui procure l’espérance », d’être « accueillants les uns pour les autres à l’exemple du Christ Jésus ». Saint Paul met ainsi en valeur la diaconie de la charité. Bernard, dans vos remarques sur ce texte paulinien, vous m’avez rappelé ce que vous faites déjà depuis longtemps au service des autres et des plus faibles : camps de jeunes, hospitalité à Lourdes, conduite des fauteuils-ski avec le Secours catholique, et surtout, depuis quelques années, l’accompagnement des familles en deuil et des personnes fragiles psychologiquement. Votre épouse y a été associée. Beaucoup de ces services du prochain vont être repris dans la « lettre de mission » de diacre que je vous donnerai en fin de célébration. Ces missions de services des frères qui sont dans la peine ou le besoin seront alors officialisées comme services d’Eglise, dans la diaconie de la charité de l’Eglise.
Mais la triple diaconie du diacre suppose fondamentalement une attitude spirituelle, qui se résume dans la Parole de Jésus et son témoignage de vie jusqu’à la mort : « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ». C’est la conclusion du passage de l’Evangile que vous avez choisi (Marc 10, 35-45) et qui donne en effet le sens le plus profond de l’engagement diaconal : le service de Dieu et des frères dans une vie donnée totalement. Je soulignerai six facettes de cette attitude fondamentale pour un diacre et pour tout ministre ordonné, évêque et prêtre également.
Ces facettes d’une même attitude « diaconale » et ministérielle sont inscrites dans les textes liturgiques, ceux de la Parole de Dieu que nous avons lu ou écouté et ceux de la célébration de l’ordination que nous allons faire maintenant par la grâce de Dieu.
Accueillons donc avec foi et dans la joie cette grâce qui nous est donnée par l’ordination diaconale de Bernard, qui peut maintenant dire, avec le psalmiste, « ma force est en toi, mon Dieu, et mon bonheur c’est toi » ! (Ps 15).
+ François-Xavier Loizeau, évêque de Digne + François-Xavier LOIZEAU, évêque de Digne, Riez et Sisteron |
En retraite et pourquoi pas diacre ?
Différentes étapes de vie :
Dans ma petite enfance, lors de nos visites chez mes grands-parents maternels, j’ai été bercé par les prières, les chants de mon grand père, qu’il répétait, étant organiste à l’église, accompagné de son harmonium.
J’ai eu une marraine que j’aimais beaucoup, prénommée Thérèse, qui, ne pouvant avoir d’enfant, s’est dévouée à l’éducation d’enfants de conditions précaires, abandonnés, parfois issus de la prostitution… Elle leur a prodigué amour, affection sans relâche. Ayant donné toutes ses forces à cette vocation, elle est morte à 56 ans, en disant ces dernières paroles à son époux Léo : « Prends bien soin de toi et d’Alain (un enfant qu’ils avaient adopté) je vous attends près du Père… »
A l’âge de 13 ans, j’ai fait ma promesse scout devant le drapeau, phrase qui résonnera durant toute ma vie : « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Eglise et la Patrie et à aider mon prochain en toute circonstance… ». Pour nous saluer nous levions la main droite, trois doigts levés représentaient, la franchise, le dévouement, la pureté. Le pouce recouvrant le petit doigt replié signifiait que le fort protège le faible…
Mais c’est un devoir pour nous les forts de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît. (Rm 15, 1)
Après mon service armé en tant qu’appelé, aimant la discipline, je m’engage dans la gendarmerie. Après deux ans comme « motard » je ne me sens pas très à l’aise au bord de la route à courir les procès-verbaux.. Pour trouver une spécialité qui m’aide mieux à servir, je me porte volontaire pour les unités de montagne, avec une petite idée lancinante, servir, aider mon prochain, en donnant toutes mes forces, mon énergie dans le secours en montagne. Durant vingt années et plusieurs déménagements contraignant pour notre famille, Jeanne-Marie mon épouse, nos enfants Eric, Nathalie, Yannick et Michaël, j’arrive à me donner pleinement dans différents stages à BRIANCON, CHAMONIX, dans les missions de secours et de recherche. Durant cette période, j’ai pu de temps à autre afficher ma foi, prier seul ou avec des témoins d’accident, comme ce jour ou ayant ramené le corps d’un homme décédé en allant ramasser du génépi en montagne, j’ai pu prier le Notre Père avec son épouse dans le bureau du peloton...
Pendant nos temps de loisirs avec mon épouse, nous apprenons à connaître la Communauté du Chemin Neuf (grâce à Chantal et Jean-Hugues BARTET). Nous nous formons, puis nous passons au service des jeunes dans divers lieux, en particulier Hautecombe, en saisons estivales.
Nous vivons aussi un moment important en couple, début des années 1980. Nous rencontrons le père Jean-Paul REGIMBAL, Trinitaire venu se reposer au couvent de FAUCON de BARCELONNETTE. Celui-ci prie pour notre couple l’Esprit Saint. Et là nous avons d’un seul coup une nouvelle envolée, dans notre vie spirituelle, plus assidus à la prière et lecture de la bible.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. (Dt8, 3)
Alors que je servais en gendarmerie en Corse à CORTE, lors de nos missions d’entraînement nous dormions fréquemment dans des refuges de montagne. Un soir, je sors du refuge en disant à mes compagnons : « Je sors un instant pour prier... » ce qui plonge l’assistance dans un silence profond, pendant quelques secondes, alors que la conversation était plutôt animée et tonitruante... Dehors, il y avait un ciel magnifique, parsemé d’étoiles. De temps à autre une étoile filante zébrait le ciel. En pensée, une question m’est venue : « Fais un vœu. ». La réponse fusa aussitôt : « Je voudrais être diacre, être diacre...’ » Pourquoi d’un seul coup, cette idée, ce projet ? Peut être un coup de pouce de ma marraine depuis le ciel ?
Mes quinze années passées à l’ONF m’ont permis aussi d’être en communion avec la nature et la louange venait très souvent à mes lèvres alors que je parcourais la forêt.
Mon épouse ayant travaillé auprès des handicapés durant quelques années, grâce à elle j’ai pu approcher peu à peu ce monde, des petits, des pauvres qui nous apprennent à aimer sans retenue. Ainsi, je peux encore mettre à profit ma spécialité d’autrefois pour aider ces personnes en saisons hivernales à dévaler les pentes neigeuses sur un fauteuil ski.
Enfin, ces dernières années la découverte de l’accompagnement psycho spirituel dans les sessions Agape m’a appris la compassion, savoir être à l’écoute du frère, de la sœur blessés, (ce qui m’aide aussi dans la pastorale du deuil), sachant que nous sommes toujours à trois, l’accompagné, l’accompagnateur et le Seigneur, c’est bien Lui, qui agit et qui apaise.
En janvier 2006, j’ai donc reçu du service diocésain du diaconat, en concertation avec mon curé du moment, le père Charles HONORE , une proposition pour discerner si j’étais appelé à cette mission. Lisant cette lettre je me suis dit : « Enfin un appel de mon Eglise, merci Monsieur le curé. ». Quand nous sommes en activité, on aspire à la retraite. Je ferai des voyages, j’aurai du temps pour mes loisirs... Alors ? Alors ce n’est plus possible de projeter cet état de vie. « Le monde est en feu, il n’est plus temps de parler de choses de peu d’importance » nous disait Ste Thérèse d’Avila. Jésus a dit aussi parlant de ses disciples : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront. »(Luc 19, 40) Non ce n’est plus possible , je veux être témoin de Celui qui nous a comblé de ses grâces et qui continue de le faire, annoncer sa Parole, essayer au mieux de la vivre pour le temps qui me reste à passer sur cette terre. Etre signe ostensible de notre mère Eglise pour qu’elle soit servante et pauvre, aller surtout vers les plus petits, les sans grade, ceux qui ne mettent jamais les pieds à l’église, être témoin de Celui qui nous a créé et qui désire vivre ce cœur à cœur avec chacune de ses créatures, Jésus le Fils du Dieu Vivant, seul Sauveur du monde !
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